PIERROT: Aga, guien, Charlotte, je m'en vas te conter tout fin drait comme cela est venu; car, comme dit l'autre, je les ai le premier avisés, avisés le premier je les ai. Enfin donc j'estions sur le bord de la mar, moi et le gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des mottes de tarre que je nous jesquions à la teste; car, comme tu sais bian, le gros Lucas aime à batifoler, et moi par fouas je batifole itou. En batifolant donc, pisque batifoler y a, j'ai aperçu de tout loin queuque chose qui grouillait dans gliau, et qui venait comme envars nous par secousse. Je voyais cela fixiblement, et pis tout d'un coup je voyais que je ne voyais plus rien. "Eh! Lucas, ç'ai-je fait, je pense que vlà des hommes qui nageant là-bas. - Voire, ce m'a-t-il fait, t'as esté au trépassement d'un chat, t'as la vue trouble. - Palsanquienne, ç'ai-je fait, je n'ai point la vue trouble: ce sont des hommes. - Point du tout, ce m'a-t-il fait, t'as la barlue. - Veux-tu gager, ç'ai-je fait, que je n'ai point la barlue, ç'ai-je fait, et que sont deux hommes, ç'ai-je fait, qui nageant droit ici? ç'ai-je fait. - Morquenne, ce m'a-t-il fait, je gage que non. - O! çà, ç'ai-je fait, veux-tu gager dix sols que si? - Je le veux bian, ce m'a-t-il fait; et pour te montrer, vlà argent su jeu" , ce m'a-t-il fait. Moi, je n'ai point esté ni fou, ni estourdi; j'ai bravement bouté à tarre quatre pièces tapées, et cinq sols en doubles, jergniguenne, aussi hardiment que si j'avais avalé un varre de vin; car je ses hazardeux, moi, et je vas à la débandade. Je savais bian ce que je faisais pourtant. Queuque gniais! Enfin donc, je n'avons pas putost eu gagé, que j'avons vu les deux hommes tout à plain, qui nous faisiant signe de les aller quérir; et moi de tirer auparavant les enjeux. "Allons, Lucas, ç'ai-je dit, tu vois bian qu'ils nous appelont: allons viste à leu secours. - Non, ce m'a-t-il dit, ils m'ont fait pardre." Ô! donc, tanquia qu'à la parfin, pour le faire court, je l'ai tant sarmonné, que je nous sommes boutés dans une barque, et pis j'avons tant fait cahin caha, que je les avons tirés de gliau, et pis je les avons menés cheux nous auprès du feu, et pis ils se sant dépouillés tous nus pour se sécher, et pis il y en est venu encore deux de la mesme bande, qui s'equiant sauvés tout seul, et pis Mathurine est arrivée là, à qui l'en a fait les doux yeux. Vlà justement, Charlotte, comme tout ça s'est fait.
bravo à ceux qui ont lu
encor plus bravo à ceux qui ont compris
heureusement que t'es là Molièr^^!!